Lynn Hill « La meilleure grimpeuse au monde »
Jun 01, 2024
De 1986 à 1992, Lynn Hill a été l’une des meilleures grimpeuses au monde, remportant plus de trente titres internationaux, dont cinq victoires au Rock Master d’Arco.
À cette époque, les meilleures femmes atteignaient le niveau des meilleurs hommes.
En 1990, lors de la finale de la Coupe du Monde, elle fut l’une des trois finalistes et la seule femme à atteindre le top, ainsi que la seule à réussir le crux, le mouvement le plus difficile.
Comme l’écrit Joseph Taylor, « à ce moment-là, Lynn Hill était sans aucun doute la meilleure grimpeuse du monde, homme ou femme ».
Après son voyage en Europe en 1986, elle adopte de nombreuses techniques de l’escalade sportive. À l’époque, une forte tension oppose les traditionalistes aux nouveaux grimpeurs sportifs. Un « Grand Débat » est même organisé à l’American Alpine Club pour discuter de l’utilisation des spits fixes dans le rocher. Un style impensable quelques années auparavant, qui va pourtant révolutionner l’escalade et permettre à davantage de grimpeurs de pratiquer en sécurité.
Hill défend une vision claire : « Le but de l’escalade est de s’adapter au rocher en travaillant sur soi-même pour surmonter les obstacles. Les grimpeurs devraient laisser la roche la plus intacte possible. Nous avons la responsabilité de placer des points sûrs, mais aussi logiques, afin d’altérer le moins possible le rocher et d’offrir la meilleure expérience possible aux autres. »
En mai 1989, à Buoux, elle chute de 25 mètres. Elle avait oublié de terminer le nœud reliant la corde au baudrier. Même les meilleurs se trompent. Un arbre amortit sa chute. Elle perd connaissance, se luxe le coude gauche et se fracture un os du pied. Elle manque la Coupe du Monde et est dévastée à l’idée de rater cette édition après des mois d’entraînement intense. Six semaines plus tard, elle grimpe déjà.
À la fin de sa carrière en compétition, elle sent que l’escalade indoor ne représente plus pleinement ses valeurs. John Long lui dit : « Tu devrais retourner à Yosemite et essayer de libérer The Nose. » Avant d’affronter la voie, elle accumule expérience, maturité et perspective. Elle comprend une chose essentielle : ce que tout le monde croit impossible est peut-être simplement non encore accompli.
The Nose n’est pas une question d’ego. Ce n’est pas une quête de gratification personnelle. C’est une déclaration. « Il n’est pas nécessaire d’être un homme pour réaliser une première ascension. » À Yosemite, beaucoup des meilleurs grimpeurs de big wall ont essayé et échoué. Le consensus est clair : ce projet est impossible. La voie est complexe, logistiquement, techniquement et mentalement. Plus de trente longueurs, près de 900 mètres, des difficultés allant jusqu’à 8b+.
En 1993, quatre ans après son premier essai, Lynn Hill devient la première personne à libérer tous les longueurs du Nose. Elle gradue d’abord la voie 8a, puis celle-ci sera réévaluée jusqu’à 8b+ pour la longueur clé, Changing Corners. Mais elle ne s’arrête pas là. Elle répète l’ascension en 23 heures, libérant également le Great Roof. Free Nose. Free Nose in a day. Deux performances qui resteront inégalées pendant plus de dix ans et qui figurent encore aujourd’hui parmi les exploits les plus impressionnants de l’histoire de l’escalade.
Pour préparer l’ascension, elle s’entraîne pendant cinq mois, physiquement et mentalement. Son objectif est clair : enchaîner un 8a à vue après avoir grimpé toute la journée. Elle s’entraîne en Provence, dans les gorges du Verdon, sur Mingus, une voie de 300 mètres jusqu’à 8a, qu’elle réalise à vue. Mais plus encore que le physique, elle travaille le mental.
« L’escalade est un état d’esprit. Une méditation en mouvement. Les meilleures performances arrivent quand on ne pense plus et que l’on grimpe en harmonie. » Sur les 31 longueurs du Nose, elle cherche l’unité totale avec la paroi. « Être patiente et détendue, toujours. Aucune précipitation, aucune colère. Je voulais être légère, fluide, en harmonie avec le rocher. »
Avec le temps, la voie sera réévaluée à 8b+ 5.14a b pour la longueur la plus difficile. Mais au-delà du grade, ce qui reste, c’est l’impact. Avant de conclure, voici son conseil, simple et puissant : « LE GRADE N’EST PAS IMPORTANT. CE QUI COMPTE, C’EST QUE L’EXPÉRIENCE SOIT MÉMORABLE. »